Notifier en ligne ou PDF pour la notification de suspicions d’effets indésirables
Un méningiome est une tumeur cérébrale bénigne. Dans les Folia de novembre 2022 nous avons fait état du risque (faible) de méningiome après une utilisation prolongée de progestatifs tels que la cyprotérone, la chlormadinone et le nomégestrol. Des données sont maintenant disponibles concernant d’autres progestatifs, utilisés notamment dans le cadre de la contraception ou de la ménopause.
Messages clés
Un méningiome est une tumeur bénigne intracrânienne ou intrarachidienne qui, par compression, peut provoquer des symptômes liés à la pression intracrânienne (tels que maux de tête, altération de la vision et crises d’épilepsie) ou à la compression médullaire (dans le cas d’un méningiome intrarachidien).
Dans les Folia de novembre 2022, nous avons examiné les données relatives au risque de méningiome associé aux progestatifs cyprotérone, chlormadinone et nomégestrol. Le risque de méningiome associé à ces progestatifs est rare (cyprotérone : entre 1 et 10 cas pour 10 000) ou très rare (chlormadinone et nomégestrol : < 1/10 000) et augmente avec la dose cumulée. La plupart des cas ont été signalés après une utilisation prolongée (plusieurs années) à doses élevées. Le Comité européen de pharmacovigilance de l’EMA (PRAC) a pris des mesures de minimisation des risques : voir Folia de novembre 2022.
Des données sont désormais disponibles concernant la médroxyprogestérone, la dydrogestérone, le lévonorgestrel, la progestérone, le désogestrel et l’étonogestrel.
Deux études cas-témoins, publiées dans le BMJ et menées à partir des données de la sécurité sociale française sous la supervision de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), apportent des informations importantes sur le risque.1-3 Les « cas » étaient des femmes ayant subi une intervention intracrânienne pour un méningiome entre janvier 2009 et décembre 2018 (périodes d’inclusion plus restreintes pour les DIU). Chaque « cas » a été apparié à 5 témoins.
Pour la médroxyprogestérone, la dydrogestérone (en association avec l’estradiol) et les contraceptifs contenant du désogestrel et de l’étonogestrel, le Comité européen de pharmacovigilance de l’EMA (PRAC) a pris des mesures de minimisation des risques.4
Les données concernant l’acétate de médroxyprogestérone à 150 mg/3 ml en injection dans l’étude cas-témoin1 , ont mis en évidence un risque accru de méningiome : rapport de cotes de 5,5 (IC à 95 % : 2,27 à 13,56). Dans le groupe des « cas » (femmes atteintes d’un méningiome), 0,05 % des femmes (9/18 061) avaient été exposées à l’acétate de médroxyprogestérone injectable, contre 0,01 % des femmes (11/90 305) dans le groupe des « témoins » (femmes sans méningiome). L’augmentation du risque était liée à une utilisation prolongée (≥ 1 an).
Selon une analyse du PRAC (6/9/2024), les données disponibles indiquent un risque accru de méningiome après une utilisation prolongée (plusieurs années) de doses élevées de médroxyprogestérone, c'est-à-dire toutes les formes injectables et les comprimés de ≥ 100 mg. Le risque absolu reste très faible.
Concernant la médroxyprogestérone à haute dose (injection intramusculaire ou sous-cutanée (piqûre contraceptive) ou comprimés de ≥ 100 mg), le PRAC a adopté les mesures de minimisation des risques suivantes :
L'étude cas-témoins1 n'a montré aucune augmentation du risque avec la dydrogestérone (10 mg) ou avec la dydrogestérone + estradiol (10 mg + 5 ou 10 mg), que ce soit en cas d'utilisation à court terme (< 1 an) ou à long terme (≥ 1 an).
Selon une analyse du PRAC (juillet 2024), un lien entre l’association dydrogestérone + estradiol et les méningiomes est « au moins plausible ». Le PRAC a adopté les mesures de minimisation des risques suivantes :
Le PRAC s’est appuyé sur la littérature et sur les notifications spontanées, et a pris en compte le mécanisme possible de cet effet indésirable.
NB : La contre-indication et les mises en garde sont mentionnées dans le RCP de la spécialité contenant de la dydrogestérone + estradiol et dans le RCP de la spécialité contenant de la dydrogestérone.
L'étude cas-témoins2 n'a montré aucune augmentation du risque avec le lévonorgestrel à 30 µg ou avec le lévonorgestrel (50-150 µg) + éthinylestradiol, quelle que soit la durée du traitement (jusqu’à plus de 7 ans d’utilisation).
Le PRAC ne s’est pas prononcé sur le risque de méningiome (situation au 10/10/2026).
L'étude cas-témoins1 n’a pas mis en évidence d'augmentation du risque associé aux DIU contenant du lévonorgestrel (dosages étudiés : 13,5 mg (période 2017-2018) et 52 mg (période 2011-2018)).
Le PRAC ne s’est pas prononcé sur le risque de méningiome (situation au 10/10/2026).
L’étude cas-témoins1 n’a montré aucune augmentation du risque associé à la progestérone (dosages étudiés : par voie orale/vaginale : 100 mg et 200 mg ; par voie transdermique : 25 mg par dose), ni en cas d’utilisation à court terme (< 1 an), ni en cas d’utilisation à long terme (≥ 1 an).
Le PRAC ne s’est pas prononcé sur le risque de méningiome (situation au 10/10/2026).
Les données concernant le désogestrel 75 µg (progestatif oral à usage contraceptif) dans l’étude cas-témoins2 ont mis en évidence une très légère augmentation du risque à partir de 5 ans d'utilisation ininterrompue.
Dans le groupe des « cas » (femmes atteintes d’un méningiome), 3,4 % des femmes (287/8 391) avaient été exposées au désogestrel, contre 3,3 % des femmes (2 769/83 910) dans le groupe des « témoins » (femmes sans méningiome).
Risque de méningiome:
* À titre de comparaison : pour l’acétate de cyprotérone (≥ 25 mg), un NNN de 518 a été observé, et un NNN de 40 en cas d’utilisation pendant au moins 5 ans.
Une analyse du PRAC (juillet 2026) conclut a une légère augmentation du risque de méningiome en cas d’utilisation à long terme (> 1 an) de contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel. Le risque absolu était très faible (estimé à 1 cas supplémentaire pour 67 300 utilisatrices).
Le PRAC a adopté les mesures de minimisation des risques suivantes :
NB1. Les RCP des spécialités à base de désogestrel et d’étonogestrel ne contiennent pas encore d’informations sur le méningiome (situation au 10/10/2026), mais ils seront mis à jour).
NB2. Le désogestrel est une prodrogue qui est rapidement métabolisée en étonogestrel.
Lorsqu’un méningiome est diagnostiqué pendant un traitement par ces progestatifs, celui-ci doit être arrêté (PRAC). Certains éléments indiquent qu’après l’arrêt du progestatif, le méningiome se stabilise ou régresse en l’espace de quelques mois. Les auteurs de l’éditorial3 accompagnant l’étude du BMJ de 2025 affirment qu’après l’arrêt du progestatif, il est possible d’opter pour une attitude attentiste, avec un suivi du méningiome. Cela pourrait permettre d’éviter la radiothérapie ou la chirurgie chez un certain nombre patientes.
Une augmentation (très) faible du risque de méningiome a été constatée pour certains progestatifs, utilisés notamment dans le cadre de la contraception ou de la ménopause.1-7 Le PRAC a pris des mesures de minimisation des risques pour la cyprotérone, la chlormadinone, le nomégestrol, la médroxyprogestérone (i.m., s.c., comprimés ≥ 100 mg), la dydrogestérone, le désogestrel et l’étonogestrel.
Pour le lévonorgestrel (par voie orale ou dans un DIU) et pour la progestérone (par voie orale, vaginale, transdermique), les données disponibles ne montrent pas d’augmentation du risque (NB : les données ne concernent pas le lévonorgestrel comme contraception d’urgence). Pour le diénogest et la drospirénone, le risque est actuellement inconnu.
Conclusion : le méningiome est un effet indésirable (très) rare de certains progestatifs utilisés dans le cadre de la contraception ou de la ménopause. Il est important d’y penser dès l’apparition de tout signe évocateur d’un méningiome.
1. Roland N, Neuman A, Hoisnard L et al. Use of progestogens and the risk of intracranial meningioma: national case-control study. BMJ2024;384:e078078 (doi: https://doi.org/10.1136/bmj-2023-078078)
2. Roland N, Kolla E, Baricault B et al. Oral contraceptives with progestogens desogestrel or levonorgestrel and risk of intracranial meningioma: national case-control study. BMJ 2025;389:e083981 (http://dx.doi.org/10.1136/bmj-2024‑083981).
3. Progestogens and meningioma. New evidence on levonorgestrel and desogestrel. Editorials. BMJ 2025;389:r1095 (doi: https://www.bmj.com/content/389/bmj.r1095).
4. PRAC-analyses
a. Cyprotérone: février 2020
b. Nomégestrol et chlormadinone: septembre 2022
c. Acétate de médroxyprogestérone: septembre 2024
d. Dydrogestérone: juillet 2024
e. contraceptifs contenant du désogestrel et de l'étonogestrel: juillet 2026
5. AFMPS. Flash VIG-news : Flash VIG-news : Risque de méningiome associé aux progestatifs : état de la question et recommandations (21/03/2025). Site web de l'AFMPS
6. ANSM : Contraception et risque de méningiome : nouvelles recommandations (PUBLIÉ LE 20/03/2025 - MIS À JOUR LE 10/04/2025). Website ANSM
7. Articles dans La Revue Prescrire (LRP) :
a. Progestatifs et méningiomes : médrogestone, médroxyprogestérone, promégestone aussi.
LRP 2024 ;44 :277
b. Médrogestone, médroxyprogestérone, promégestone : surveillance par IRM cérébrale en raison du
risque de méningéome. LRP 2024 ;44 :423-424
c. Progestatifs et méningiomes : avec le désogestrel aussi. LRP juni 2025.
d. Désogestrel, étonogestrel et méningiome : IRM en début du traitement pour les patients déjà
exposées à des progestatifs. LRP juni 2025.
e. Diminution de l’exposition au nomégestrol et à la chlormadinone : moins de méningiomes. LRP
maart 2026.